Mon arrivée aux Philippines aura été marquée par une journée de gueule de bois, suivie par 3 jours de fièvre sous une température ambiante dépassant les 45 degrés... Restée la plupart du temps à l'ombre de l'hôtel pour ma convalescence, je ne vois donc pas grand chose de la ville mais rêve des fraîcheurs du nord de l'île où je compte me rendre aussitôt rétablie. Ça sera chose faite 5 jours plus tard!
Ayant quitté Manille la veille au soir par un bus de nuit, c'est au petit matin que je débarque avec Dan, mon compagnon de voyage du moment, parmi les splendides rizières en terrasse du nord de Luzon, l'île principale des Philippines.



La terrasse de la guesthouse surplombant ce paysage magnifique, nous profitons de la matinée pour nous remettre tranquillement de notre nuit chaotique et ne nous décidons à arpenter les rues pentues du village qu'en milieu d'après-midi. Portant notre choix de balade vers le viewpoint, vous imaginez aisément le tracé du circuit : un chemin qui serpente et qui grimpe!
À peine 20 minutes après avoir entamé notre marche, le ciel s'assombrit, annonçant un orage qui fonce droit dans notre direction. Nous n'avons pas même le temps de rebrousser chemin qu'il nous faut déjà trouver un abri face à l'intensité de l'averse qui s'abat soudain sur nos pauvres épaules découvertes. Voyant le nuage s'epaissir à mesure que les minutes passent, Dan propose que nous n'attendions pas plus longtemps pour reprendre le chemin du village. Pourtant, j'hésite. Non pas que je sois effrayée par le fait d'être mouillée (je reconsidérerai ce dernier point quelques minutes plus tard, mais je ne vais pas déjà vous dévoiler la chute de l'histoire!!!), mais je pense alors surtout aux deux appareils photos que je me trimballe (numérique et argentique, tant qu'à faire!) et que je ne veux pas exposer aux fortes pluies...
L'orage est maintenant juste au dessus de nos têtes et depuis notre abri de misère, on assiste impuissant à la crue rapide et exponentielle du fossé près duquel nous nous sommes arrêtés. Aucune voiture ne passe à nos côtés et c'est bientôt la moitié de la route qui se trouve recouverte par des eaux foncées et chargées, dévalant du haut de la montagne selon un débit de plus en plus furieux. Que faire?!? Nous n'avons pas d'autre choix que de redescendre vers le village avant d'être bloqués pour de bon... On se précipite sur la route et c'est alors que je réalise à quel point il a été stupide de notre part d'attendre si longtemps : le carrefour situé quelques plus mètres plus bas a logiquement servi de point de rencontre à ces eaux qui débordent de toutes parts, transformant le bitume en véritable déversoir pour ces flots maintenant devenus spectaculaires...
Cette photo a été prise depuis notre abri, bien avant que nous ne trouvions la situation véritablement alarmante...

Je tente de stopper une voiture mais celle-ci ne souhaite visiblement pas me voir tremper ses sièges. Je traverse alors la route transformée en rivière pour rejoindre Dan, déjà de l'autre côté, et c'est là que ce qui devait arriver arriva : je perds une tongue, puis l'autre... Merde, c'est ma seule paire de pompes! Mais plutôt que de les laisser s'enfuir à vive allure pour une destination lointaine et inconnue (jolie fin s'il en est, pour ces fidèles compagnons de 7 mois de baroude!), je ne réfléchis pas une seconde et me mets connement à leur poursuite...
Je cours pieds nus sur la partie la moins immergée de la route pour tenter d'échapper aux flots traîtres de cette rivière improvisée, mon sac inutilement fourré sous mon tee-shirt pour le protéger de la pluie diluvienne (vous savez, ce sac dans lequel se trouvent tous mes appareils photos...) et les yeux rivés sur mes précieuses flip-flop que je parviens à garder dans mon champ de vision. Je cours tellement vite que je finis par les dépasser. Je me place donc sur leur chemin et me stabilise au milieu du courant, les mollets entièrement recouverts par cette eau saumâtre. J'en chope une, victoire! La deuxième, partie avec un peu de retard, me tend les bras.
Mais en moins de temps qu'il en faut pour l'écrire, mes pieds sont littéralement balayés par la force du courant et je me retrouve violemment projetée de tout mon long sur le bitume, immergée sous des litres et des litres de flotte... Hop, plus de Béné!!! Dan observant la scène depuis une voiture qui s'est gentiment arretée (trop occupée par ma course folle, je n'en savais évidemment rien!) me dira plus tard que j'ai totalement disparu sous les flots! Vu d'en dessous, c'est une multitude de pensées qui me traversent l'esprit tandis je tente de me relever de ce courant qui s'abat avec force sur ma tête : "merde, mon sac!!!" puis "mais... c'est que... je n'arrive même pas à me relever!!!" et "blurp... combien de litres d'eau dégueulasse vais-je encore boire avant de pouvoir m'extirper d'ici?!?"
Je n'ai pas du rester immergée plus de quelques secondes. Elles me sembleront pourtant interminables, suffisant à me faire boire la tasse et me trimballer dans tous les sens sur quelques mètres... Je ressors des flots l'air hébété, trempée des pieds à la tête (Dan emploiera la comparaison peu flatteuse mais sûrement juste d'un rat détrempé tout droit sorti des égouts...), mon sac dans une main et ma tongue, l'objet de ma bêtise, dans l'autre...
C'est seulement une fois à bord de la voiture amphibie que je réalise à quel point je me suis blessée dans ma chute : ma hanche saigne, tout comme mon coude et mon pied droits, et le genou me lance au point que je crains alors le pire...La voiture descend doucement la route, ses pneus étant prisonniers des eaux qui les recouvrent maintenant à plus de la moitié. Je ne reviens toujours pas de la gentillesse de ces deux personnes qui viendront à notre secours et ne relèveront même pas le fait que je trempe intégralement leur siège arrière de 4x4 flambant neuf!
La vision du bas du village est apocalyptique : des torrents s'engouffrent de toutes parts dans les ruelles étroites, les établissements présentent leurs grilles hâtivement baissées, le ciel est noir et l'électricité n'est plus (et ce pour encore 4 looongues heures...). Quant à la rivière (la vraie!) qui serpentait paisiblement ce matin dans le fond de la vallée, elle s'est presque transformée en un fleuve puissant, bruyant et menaçant!
Vue depuis la terrasse de la guesthouse, avant et après l'orage...


Je boitille jusqu'à ma chambre et découvre l'ampleur des dégâts. Il ne fait aucun doute : je me suis tellement amoché le genou qu'il m'est impensable de faire le trek prévu le lendemain. S'abîmer le genou dans une région connue pour ses paysages escarpés et ses rizières en terrasse, c'est le comble de la bêtise! Même notre hôtel n'est que dédale de couloirs et d'escaliers...
Je passerai une bonne partie de la soirée a panser mes blessures à l'aide de ma lampe frontale, ruminant ma connerie mais riant aussi du spectacle offert à Dan et à mes 2 ambulanciers amphibie! Cela aurait pu être tellement plus grave... A quelques mètres seulement de mon point de chute, une partie des flots s'embarquait dans une violente descente pour le bas de la falaise. Je vous laisse imaginer la suite...
Malgré une bonne nuit de sommeil, je suis toujours amoindrie et m'assois définitivement sur l'idée d'un trek, du moins pour aujourd'hui. C'est donc seul que Dan part pour la balade de 2 jours que nous avions prévue à travers les villages planqués dans les hauteurs, ceinturés par des terrasses verdoyantes et centenaires. Grrrr...
Il ne me reste plus qu'à faire un peu d'exercice : traverser la rue pour tenter de trouver une nouvelle paire de tongue!!! Une seule chaussure a été sauvée des eaux, un trophée bien inutile en somme... Et ce n'est pas 1 mais 2 paires que je compte me procurer, histoire de les laisser filer sans le moindre remord si ce genre de situation venait à se représenter!