Tandis que je parcours depuis plus d'un mois des contrées où le chant du Muezzin se fait entendre, je vous propose un petit retour en arrière pour vous faire partager la ferveur religieuse (réelle ou sociale?) des Balinais.
Pas un jour sans que l'on assiste à une cérémonie en grande pompe, qu'elle concerne les temples communautaires (un dans chaque village) ou les temples familiaux (un dans chaque foyer), qu'il s'agisse d'une crémation ou d'une fête officielle, comme celle du Niepy à laquelle nous avons eu la chance d'assister et qui correspond peu ou prou à leur nouvelle année. Mais j'y reviendrai plus loin...
En guise d'illustration, dès le jour de mon arrivée, j'assistais à la "fête du métal" qui se tenait dans le petit village près d'Ubud où nous avons séjourné plus d'une semaine. Je ne sais en quoi cette fête consiste exactement, mais elle donne l'occasion d'orner tous les véhicules des mêmes offrandes déposées habituellement sur les autels et le long des trottoirs (bâtons d'encens, grains de riz, petits gâteaux et fleurs colorées disposés dans des feuilles de bananier). Toutes les familles du village se regroupent alors autour du temple et du prêtre, chacun vêtu de son costume traditionnel avec son lot d'offrandes et de nourriture pour toute la communauté.
Pour avoir eu la chance de l'observer de près, notre logement étant voisin du temple du village, la cérémonie a duré des heures entières : après les nombreux rituels exécutés par le prêtre, personnage le plus important du village, c'était au tour du Gamelan de s'essouffler jusqu'à une heure avancée de la nuit, dans une ambiance joyeuse et festive, pour le plus grand plaisir de nos oreilles (cette dernière phrase comporte un brin d'ironie...)










Autres temples, mêmes rituels...
Et ce 3 fois par jour!!!





Ces poussins aux couleurs pour le moins funky ne sont pas des offrandes mais des cadeaux faits aux enfants à la sortie des temples lors de grands événements. Quant aux grains de riz déposés sur le front et à la base du cou, ils signifient que l'on s'est rendu au temple pour prier (me concernant, c'était plutôt pour le visiter puisque le "port du grain de riz" y était obligatoire!). Leur durée de "pose" est fonction du degré de pureté du porteur... Après les avoir gardé des heures, me voilà rassurée! ;-)


Les (vraies) couleurs que l'on retrouve systématiquement dans les temples sont le jaune, le rouge, le blanc et le noir, chacune de ces couleurs représentant une divinité de la Trinité qui, selon les Hindous, incarne une sorte de cycle de l'Univers dont Brahma est le créateur, Vishnou le protecteur, et Shiva le déstructeur :
- le rouge pour Brahma, premier de la Trinité Hindoue car il est le Dieu créateur, également représenté par l'élément feu et honoré généralement avec des bâtons d'encens. Si Brahma est le premier Dieu de ce célèbre trio, il ne compte pour autant que très peu de temples qui lui sont entièrement dédiés (sauf Angkor Wat au Cambodge par exemple, ce qui n'est pas rien!)
- le blanc et le jaune pour Shiva, le plus craint et le plus vénéré des trois Dieux car il est celui de la destruction et du vent. Son fils n'est autre que Ganesha, Dieu de la joie, de la communication... et des voyageurs! Autant vous dire que j'ai plus d'une fois prié à ma façon ce Dieu avec sa drôle de bouille d'éléphant!
- le noir pour Vishnou, le Dieu protecteur dont l'élément représentatif est l'eau
Quant aux forces du bien et du mal, elles sont détenues par 2 personnages singuliers et propres à Bali : Barong, un bon roi transformé en cochon/ours/tigre (selon les goûts des sculptueurs du temple!) et représentant les forces du bien auxquelles s'oppose vivement Randa, une vilaine reine souvent désignée sous les traits d'une sorcière aux seins nus, incarnant évidemment l'esprit malin. A chaque culture son diable donc, avec ou sans sein!
A ceux là, s'ajoute aussi parfois un Dieu Unique, Souria, mais là j'avoue ne pas avoir compris l'imbrication de tout ce joli monde...

Au hasard d'une balade en bord de mer, nous sommes tombés nez à nez avec une des grandes célébrations de purification précédant le Niepy, appelée Melasti. Cette célébration est déstinée à exorciser les esprits malins et se purifier en vue de l'entrée dans la nouvelle année.
Si au départ, je m'étonnais de trouve
r ces installations vides en bord de plage, quelle ne sera pas ma surprise quelques heures plus tard! À ne pas en reconnaître les lieux!!!




Cette cérémonie se déroule par Pura (temple) quelques jours avant le Niepy. Elle consiste à rassembler tous les objets se référant aux divinités hindoues (drapeaux, statuettes, lances, offrandes, etc.) en bord de mer, considérée comme le lieu de purification de toutes les composantes de l'Univers, et est suivie d'une grande parade qui déambule au son du Gamelan. L'objectif du Melasti est donc de purifier chaque individu (à juste titre vêtu de blanc, symbole de pureté) ainsi que tous les éléments de l'Univers (y'a du boulot!) des mauvaises influences, des mauvaises actions ou des mauvaises pensées.
Une foule de Balinais, hommes et femmes, petits et grands, provenant de tous les villages de l'île, sont alors rassemblés sur la plage correspondant à leur temple pour assister à cette cérémonie essentielle dans les rituels hindous.












Le lendemain, nous assistons dans Ubud au défilé des Ogoh-Ogoh, ces immenses monstres de papier fabriqués dans chaque village et exhibés dans les rues la veille au soir du Niepy, le nouvel an balinais. Il convient alors de malmener ces malheureux démons de papier (certains reconnaîtront la méchante Randa) et de faire le plus de bruit possible (vive les pétards!) pour les éloigner.
Et puis cela défoule à la veille d'une journée sans activité et sans bruit, car
Niepy a beau être le premier jour de l'an, c'est aussi le jour dit du silence! C'est en effet le moment où les mauvais esprits descendent sur Terre. Le moindre son étant susceptible de les attirer, seule l'absence de vie les ferait repartir...
Partant de ce principe, les règles du Niepy sont simples :
- interdiction de faire du feu (ce qui revient à ne pas allumer la lumière ou le gaz, y compris pour cuisiner...)
- interdiction de se transporter, y compris de traverser la rue ou de prendre l'avion. De toute façon, tout est fermé! Et attention car, seuls autorisés à travailler en ce jour de Niepy avec le personnel hospitalier, les flics veillent!!!
- interdiction de faire du bruit, cela va de soi...
Il ne reste alors plus qu'une seule chose à faire : s'approvisionner par anticipation et prendre son mal en patience pendant ces 24h en se munissant d'un bon bouquin (je ferai une petite entorse à la règle en profitant du Wifi, mais resterai silencieuse autant que faire se peut! J'en vois déjà certains sourire...)
On peut alors comprendre que la veille du Niepy (qui cette année nous a fait entrer dans l'an 1936 du calendrier Saka!), tous les Balinais se retrouvent dans les rues pour assister au défilé des Ogoh-Ogoh et à toutes les festivités qui s'en rapportent!
Tremblez! Ce soir, les démons sont de sortie!














