Décidément, l'île de Bornéo laisse peu de place à l'improvisation!
Après 5 heures de bateau, je débarque à Tawau, première ville malaisienne de ce côté de la frontière, et trouve assez vite un mini-van qui accepte de m'emmener de manière informelle à Semporna. L'archipel du même nom est réputé pour la beauté de ses fonds marins et la faune qui y a élu résidence. Compte tenu de mes récents transferts éreintants, je m'imagine bien posée sur la plage quelques jours pour entamer un bouquin et enfiler masque et tuba!
La route entre Tawau et Semporna est d'une tristesse déconcertante : plus d'une heure de palmeraies à perte de vue... Seuls les différents cycles de culture des palmiers à huile viennent rompre la monotonie du paysage!
La ville de Semporna ne présente aucun intérêt sauf celui d'être le point de départ pour un chapelet d'îles, véritables joyaux pour les férus de plongée qui doivent s'y prendre des mois à l'avance pour réserver leur place : l'île de Sipadan, très préservée, est uniquement accessible selon une politique de 120 quotas journaliers! Débarquant à Semporna en dilettante, ma déception est grande : tous les hôtels sont complets et je dois me rabattre sur une chambre dont le budget dépasse largement les 20-30 RM dont j'avais besoin sur la péninsule un mois plus tôt! Quite à payer le prix fort (140 RM, soit plus de 30 euros!), je reste le lendemain dans ma chambre climatisée à ne rien faire d'autre que bouquiner et regarder la télé! Cela fait bien 6 mois que je ne suis pas restée m'abrutir devant une émission de télé-crochet, américaine en l'occurence!
J'emprunte ensuite un petit bateau pour me rendre sur l'île de Mabul dont il est possible de faire le tour en 15 minutes à pied! La plupart des habitations, y compris le backpacker où je me trouve, sont construites sur pilotis, juste au dessus d'eaux turquoises tellement translucides que je me demande bien pourquoi j'aurais besoin d'un masque et d'un tuba! Y'a qu'à regarder ses pieds!!!
Depuis la terrasse du backpacker, d'en face et d'en dessous!


On se laisse vite embarquer par le paradis et je resterai ainsi sur Mabul 3 jours, durant lesquels je ferai connaissance avec 3 adorables francophones et m'essaierai à la plongée! Moi qui croyais ne pas y être autorisée (en raison d'un historique d'asthmatique), c'est encore toute surprise par cette possibilité qui m'est offerte, et donc sans préparation psychologique, qu'après un briefing d'une grosse demie heure, je descendrai (accompagnée bien sûr!) à 18 mètres de profondeur pour y observer des trumpet fish, des emperor angel fish, des barracudas, des clown fish (némo, quoi!) mais aucune tortue en vue... Tout le monde en aura croisé des dizaines pendant leur séjour, mais moi pas une seule!!! Ça en deviendra une blague récurrente entre nous!
Ceci étant dit, je serai aussi bouleversée par le contraste saisissant de cette île aux resorts 5 étoiles construits à quelques pilotis des hameaux de réfugiés philippins qui constituent 90% de la population de ce bout de rocher entouré de sable blanc... Un paradis au goût amer quand on sait les gamins d'à côté malnutris...




Mon dernier soir sur Mabul sera marqué par une drôle de "rencontre" qui changera la suite de mon itinéraire... Tandis que nous sommes encore à l'heure de l'apéro à échanger sur les différentes espèces aperçues lors de nos plongées, un groupe de 5 militaires armés jusqu'aux dents débarquent dans notre humble backpacker... Curieuse impression qui me met immédiatement mal à l'aise... Que peuvent-ils bien faire ici?!? Et là, de m'entendre répondre :
- Tu n'as pas entendu parler des récents enlèvements?
- Euh, non...
- Deux femmes ont été enlevées sur l'île voisine il y a 15 jours et on n'en sait pas beaucoup plus depuis... En novembre dernier, c'étaient deux touristes tawanais qui se faisaient abattre...
- ?!?!?!?!?!
Après avoir creusé un peu la question, j'apprends qu'il pourrait s'agir d'actions de Philippins revendiquant le rattachement de ces îles situées au large de Bornéo. À ce jour, rien n'est clairement affiché mais je sais aussi que des pirates rôdent dans la mer des Célèbes... Va savoir donc!
J'avais prévu de partir le lendemain pour Lahad Datu où j'aurais sûrement atteint la rivière Kinabatangan difficilement : à un moment du trajet, je n'avais pas obtenu d'autre information que "attendre un changement de véhicule à un croisement" (ce qui n'était pas sans me rappeler mes galères de Sulawesi!), et faire ça toute seule en pleine nuit ne me sembla plus très opportun...
J'ai donc considéré la venue subite de ces militaires comme un signe à mon attention : en voyage, quand aucun plan précis ne guide votre route, le moindre événement peut provoquer un changement de direction. Qu'il ait s'agit de simples impressions, déguisées ou non en signes qui peuvent aussi revêtir de multiples interprétations, ce soir là, cette lecture fut la mienne! Je me rangerai donc du côté du Ministère des affaires étrangères qui déconseille fortement de se rendre sur la côte Est de Sabah ("sauf impératifs" que je n'ai pas!) et changerai mes plans pour filer directement à Kota Kinabalu le lendemain soir, à non pas 2 mais 12 heures de route de là... Pas de balade sur la rivière (du moins pas celle-ci) mais pas non plus d'attente nocturne à ce foutu carrefour où je n'aurais sûrement pas fait la fière!